Avec Damon and Baby, Arc System Works s’éloigne temporairement de ses rings de baston habituels pour tenter une aventure d’action pour le moins singulière. Ici, pas de duel ultra technique entre deux combattants énervés, mais un démon armé jusqu’aux cornes, condamné à trimballer une petite fille sur ses épaules. Dit comme ça, on dirait le pitch d’un cauchemar de crèche écrit après trois cafés trop serrés, mais l’idée fonctionne étonnamment bien.

Le jeu mélange le tir à deux joysticks, l’exploration, la plateforme et quelques touches d’aventure dans des mondes semi-ouverts peuplés de démons, de forces obscures et de personnages franchement barrés. Le joueur incarne Damon, un protagoniste brutal et peu porté sur les câlins, obligé de protéger une enfant à cause d’une malédiction dont les origines se dévoilent progressivement.

Ce duo improbable donne au jeu son identité. Au départ, on s’attend presque à une blague visuelle un peu lourde, mais Damon and Baby révèle une ambition plus intéressante. Sous son chaos permanent, il cache une vraie volonté de raconter quelque chose, sans jamais oublier que sa priorité reste de faire tirer, sauter, esquiver et jurer intérieurement le joueur toutes les cinq minutes.

Une histoire étrange, parfois touchante, souvent chaotique

La grande force de Damon and Baby vient de sa manière de faire évoluer son duo principal. Le jeu part d’un prétexte volontairement absurde : un démon violent doit s’occuper d’un bébé. Pourtant, cette situation grotesque devient peu à peu le cœur émotionnel de l’aventure.

L’écriture joue constamment sur le contraste entre la brutalité de Damon et l’innocence de la petite fille. Le résultat donne des scènes parfois drôles, parfois plus intimes, avec une relation qui se construit sans forcer le trait. Le jeu ne sort pas les violons toutes les trois minutes, et c’est justement ce qui rend certains moments plus efficaces.

L’univers, lui, reste volontairement flou. Damon and Baby préfère suggérer plutôt qu’expliquer, quitte à laisser plusieurs zones d’ombre derrière lui. On traverse des enfers, des dimensions et des lieux étranges qui semblent parfois exister chacun dans leur propre logique. Cela donne un certain charme à l’ensemble, même si les joueurs qui aiment les récits très structurés risquent de rester un peu sur le pas de la porte.

Le rythme narratif reste cependant irrégulier. Certaines cinématiques manquent d’impact et l’histoire, malgré sa concision, paraît parfois morcelée. En revanche, dès que le jeu revient à Damon et à la petite fille, il retrouve immédiatement son équilibre. C’est dans cette relation que Damon and Baby brille le plus, bien plus que dans les grandes explications sur son univers.

Tirer, sauter et garder le bébé en vie

Côté gameplay, Damon and Baby repose sur un mélange nerveux entre shoot à deux sticks, plateforme et exploration. Le joueur doit viser, tirer, esquiver, changer d’arme, gérer les ennemis et garder en tête la position de la petite fille. Autant dire que le baby-sitting façon Arc System Works n’a rien à voir avec une soirée pyjama devant un dessin animé.

Les bases sont solides. Les déplacements sont globalement fluides, l’arsenal se renouvelle régulièrement et les armes principales comme secondaires offrent une vraie variété dans les affrontements. Le jeu pousse constamment à rester mobile, car s’arrêter trop longtemps revient souvent à offrir son visage à une pluie de projectiles démoniaques.

Damon and Baby varie aussi les perspectives. Certaines séquences placent la caméra derrière le personnage, d’autres adoptent une vue isométrique ou un défilement horizontal. Cette alternance apporte du rythme, même si elle impose parfois quelques ajustements pas toujours naturels dans les commandes.

Le level design alterne entre zones étroites, arènes ouvertes, phases de plateforme et petites énigmes environnementales. Rien ne révolutionne le genre, mais l’ensemble reste suffisamment varié pour éviter la monotonie. Le jeu sait respirer entre deux fusillades, même si ce souffle ressemble parfois à celui d’un démon asthmatique poursuivi par une chaise volante.

Une mécanique de déplacement originale, mais pas toujours docile

L’une des idées les plus marquantes du jeu concerne l’utilisation de la petite fille dans les déplacements. Damon peut la lancer vers un point précis, puis se projeter dans sa direction. Cette mécanique sert autant à explorer qu’à esquiver certaines attaques ennemies.

Sur le papier, l’idée est excellente. Dans les faits, elle fonctionne souvent bien, mais elle montre aussi les limites du système lorsque l’action devient trop dense. Dans les espaces confinés, les commandes peuvent devenir capricieuses. Un saut peut se transformer en escalade improvisée, une esquive peut finir en collision embarrassante, et l’on se retrouve parfois à lutter autant contre le décor que contre les monstres.

Le problème se ressent aussi dans certaines trajectoires de projectiles. Le marqueur ne traduit pas toujours parfaitement la direction réelle des tirs ennemis, ce qui crée des situations confuses. Quand l’écran se remplit d’effets, de tirs, d’ennemis et de déplacements verticaux, la lisibilité en prend un coup.

Ce n’est jamais injouable, mais cela donne parfois au jeu une difficulté plus brouillonne que réellement maîtrisée. Il y a des moments où l’on perd non pas parce qu’on a mal joué, mais parce que le chaos a décidé de prendre la manette avec ses petits doigts sales.

Une progression généreuse et un butin qui donne envie d’expérimenter

Damon and Baby compense une partie de ses imprécisions par un système de progression efficace. Les ennemis rapportent de l’expérience, les niveaux permettent d’obtenir des points de statistiques, et ces derniers peuvent être répartis entre la santé, l’attaque, la défense et d’autres paramètres essentiels.

Petite particularité intéressante : ces points ne peuvent pas être dépensés n’importe quand. Il faut trouver un lit pour se reposer et améliorer Damon. L’idée est simple, mais elle donne aux zones sûres une vraie importance. Au milieu du chaos infernal, le lit devient presque un sanctuaire. Un peu comme dans la vraie vie, finalement, sauf qu’ici le réveil implique souvent des démons et des projectiles.

Le système de butin est également l’une des réussites du jeu. Armes, objets, amulettes et anneaux offrent différents bonus qui modifient l’approche des combats. On teste, on ajuste, on change de configuration, et chaque nouvelle récupération donne l’impression de pouvoir améliorer son style de jeu.

L’inventaire limité peut frustrer au début, mais il pousse à faire des choix. Heureusement, il devient possible de l’agrandir progressivement, ce qui rend la gestion plus confortable sans supprimer totalement cette petite tension dans la sélection des objets.

Le corps à corps, ou l’art de mourir avec panache

Si les armes à distance sont plutôt satisfaisantes, le combat au corps à corps convainc beaucoup moins. Sur le papier, il permet d’élargir les possibilités offensives. En pratique, il expose trop souvent le joueur à des risques inutiles.

Damon and Baby est un jeu où garder ses distances reste généralement la meilleure option. S’approcher des ennemis signifie entrer dans une zone où la lisibilité devient plus faible, où les attaques arrivent vite, et où la moindre erreur peut coûter cher. Le corps à corps devient donc une solution très situationnelle, utile surtout contre certains adversaires spécifiques, comme les ennemis résistants ou invulnérables aux tirs.

Cette mécanique aurait mérité plus de précision et de confort. En l’état, elle ressemble davantage à une option de secours qu’à un véritable pilier du système de combat.

Une direction artistique qui préfère la personnalité à la propreté

Artistiquement, Damon and Baby mise tout sur l’excès. Damon est le démon colérique par excellence, massif, armé, toujours prêt à régler les problèmes avec la subtilité d’une porte claquée par un ogre. La petite fille, de son côté, joue sur un contraste étrange entre innocence et étrangeté, ce qui renforce l’identité du duo.

Les environnements suivent cette même logique. Le jeu enchaîne les décors infernaux, les ruines, les lieux surréalistes et les espaces labyrinthiques sans chercher une cohérence réaliste absolue. Chaque zone semble davantage pensée pour transmettre une ambiance que pour construire un monde parfaitement crédible.

La verticalité des cartes apporte une vraie richesse à l’exploration. Les niveaux regorgent de chemins secondaires, de raccourcis et de passages secrets. En revanche, cette construction labyrinthique peut rapidement devenir confuse, surtout lorsque la carte n’est pas encore disponible. Le jeu invite à fouiller partout, mais il ne facilite pas toujours la mémorisation des lieux.

Visuellement, l’ensemble reste lisible la plupart du temps et conserve une bonne fluidité, même lorsque l’action devient très chargée. Les moments les plus chaotiques peuvent toutefois brouiller la lecture de la scène. Entre les ennemis, les projectiles, les effets visuels et les changements de hauteur, il arrive de perdre le fil pendant quelques secondes.

Malgré cela, Damon and Baby possède une vraie identité. Il mélange le quotidien et le démoniaque avec un plaisir évident : des ennemis qui balancent du mobilier, des créatures qui prennent la forme d’éléments du décor, des marionnettes qui attaquent par surprise. Le jeu ne cherche pas la perfection visuelle, mais il sait marquer les esprits.

Verdict : un chaos imparfait, mais attachant

Avec Damon and Baby, Arc System Works signe une aventure d’action atypique, nerveuse et pleine de personnalité. Le jeu n’est pas parfait, loin de là. Ses commandes manquent parfois de précision, son corps à corps peine à convaincre et ses cartes labyrinthiques peuvent désorienter. Mais il possède ce petit quelque chose qui donne envie de continuer.

Son concept fonctionne, son duo principal tient la route, son système de tir reste agréable et sa direction artistique lui donne une vraie gueule. Damon and Baby privilégie le caractère à la finition absolue, et même si cela lui coûte quelques points, cela lui permet aussi de sortir du lot.

Ce n’est pas le jeu d’action le plus maîtrisé de l’année, mais c’est clairement une expérience qui ne ressemble pas à toutes les autres. Et rien que pour ça, il mérite qu’on s’y intéresse.

NOTRE AVIS

15
20

Damon and Baby est une expérience réussie, originale et chaotique, portée par une relation centrale étonnamment efficace et une direction artistique marquée. Ses imprécisions de contrôle, son corps à corps trop risqué et quelques soucis de lisibilité l’empêchent d’atteindre un niveau supérieur, mais son identité forte compense largement une partie de ses maladresses.

Yakudark

BONS POINTS

  • Concept original
  • Dualisme narratif marqué entre Damon et la petite fille
  • Un style artistique vraiment bon
  • Un gameplay varié entre jeu de tir, plateforme et exploration
  • Système de progression et de butin efficace

MAUVAIS POINTS

  • Les attaques au corps à corps compliqué à prendre en main
  • Problèmes de lisibilité dans des situations chaotiques
  • Les commandes et les mouvements sont parfois imprécis.

Vidéos liées

Images liées

VOS AVIS

Il n'y a pas de commentaires pour le moment. Soyez le premier à participer !

DONNEZ-NOUS VOTRE AVIS

SUIVEZ-NOUS SUR LES RÉSEAUX